mardi 25 mai 2010
VOIE « D’AVENIR » BIARS-A20
Qu’est ce qu’une nouvelle route pourrait apporter au bassin de Biars-Bretenoux ?
La réponse à l’enclavement du bassin passe par la diversification des flux, par conséquent la modernisation de toutes les routes existantes vers Brive, conformément aux demandes des Biarnais. Cette action doit être complétée par un travail de fonds sur l’attractivité du site pour y attirer une main d’œuvre jeune et prête à prendre la relève des nombreux départs en retraite. Le trafic des poids lourds nécessite une étude plus sérieuse que ce qui a été fait, prenant en compte les possibilités futures de fret ferroviaire. La solution passe par des initiatives concertées pour faire sauter le « verrou » de Noailles. Si un tracé de délestage s’avérait nécessaire, il ne justifierait pas de défigurer le Causse et de détruire des emplois agricoles, mais plus simplement de remettre à l’ordre du jour le tracé « T3 court », par la côte des Mathieux. Quant aux espoirs économiques reposant sur une liaison rapide entre Biars, le « futur » parc d’activités de Cressensac et le nouvel aéroport, ils relèvent de l’illusion.
Le bassin est il enclavé ou plus simplement éloigné ?
A Biars, Andros est la seule entreprise de son secteur depuis qu’elle a racheté l’usine Boin. L’entreprise s’est créée dans les années 50 en profitant de la proximité des producteurs de fruits et d’ une main d’œuvre locale. 60 ans ont passé, l’entreprise s’est développée. Aujourd’hui Andros s’appuie sur plusieurs usines de récolte / conditionnement de fruits dans le monde. Ses approvisionnements sont devenus lointains (Espagne, Maroc, Pays de l’Est, etc.). Le site de Biars apparaît désormais malcommode à rallier en camion. L’ usine est desservie par un embranchement fer qui peut être réanimé. Comme dans toute l’industrie agro-alimentaire, la main d’œuvre vieillit et les départs à la retraite s’accélèrent. Les remplacements ne sont pas faciles. Les jeunes sont moins attirés par le métier et par un site éloigné, manquant d’animation, où se loger coute cher. La fermeture des maternités de Saint- Céré puis de Figeac (faute de candidats médecins pour assurer le plateau médical) ont frappé les esprits. Les cadres de production hésitent également à venir s’installer, notamment à cause du faible choix de formations pour leurs enfants.
Une voie nouvelle peut elle aider Andros ?
Les chauffeurs de poids lourds interrogés par nos soins sur le site, ne se plaignent pas spontanément des accès routiers. Ils déplorent, surtout les initiatives d’interdiction de passage qui se sont multipliées ces derniers mois dans plusieurs communes (Nespouls, Noailles, Martel), souvent dans l’illégalité, et qui les obligent à des détours parfois considérables.
Le trafic de poids lourds du bassin est essentiellement engendré par Andros. Il est très inférieur aux chiffres annoncés sur les routes locales par le Conseil général. Andros comme ses concurrents cherche probablement à diminuer le cout de ses « fonctions supports » pour compenser la baisse de ses marges, due à la double concurrence de ses trois gros concurrents européens et des marques de distributeurs.
Les gains de temps et de gasoil procurés par une voie rapide vers l’A20 ne lui rapporteraient pourtant qu’une économie faible, hors de proportion avec l’investissement envisagé et avec le chiffre d’affaires d’Andros. Tout au plus augmenteraient-ils la valeur de l’usine en cas de cession ou « d’ouverture du capital ».
L’économie du bassin serait-t-elle stimulée par une voie rapide vers l’A20 ?
Selon Mr Requier, 1er Vice Président du Conseil Général du Lot : « notre territoire a besoin d’un lien entre la zone d’activités de Biars-Bretenoux et la future zone d’activités de Cressensac : permettre ce lien c’est créer les conditions d’un rapprochement de ces zones qui pourront être raccordées à l’aéroport […] et à la Corrèze ».
Après avoir couté 49 millions au lieu des 30 prévus, l’aéroport a pour l’instant seulement « récupéré » les 3 vols quotidiens pour Paris et, à l’essai, 3 vols touristiques par weekend vers Londres cet été. Son effectif a été néanmoins multiplié par quatre et la Chambre de commerce s’émeut publiquement de son déficit d’exploitation.
Derrière le « bassin de Biars-Bretenoux » se cachent simplement deux réalités industrielles : Andros, avec ses 800 salariés, et quelques entreprises représentant 300 emplois, souvent attachées au territoire grâce par la dynamique de la « Mécanic Vallée » (17 000 emplois entre Gignac et Rodez). Quant au parc d’activités du Haut Quercy il a peu de chances de se remplir avant longtemps. Les logisticiens auxquels il a été présenté le trouvent trop cher et trop loin du nœud autoroutier de Brive, qui propose actuellement 150 ha dans ses ZAC.
Cela fait beaucoup d’erreurs d’appréciations. Qu’attend-t-on d’une route qui relie des ensembles vides ou presque ? Qu’elle les remplisse miraculeusement ?
Elle risque surtout d’accélérer la dévitalisation du bassin, en l’exposant davantage à la concurrence des services de Brive notamment les grandes surfaces directement accessibles par l’A20, auxquelles la distribution locale aura du mal à résister.
La destruction des emplois agricoles
Après avoir considéré pendant des mois les impacts agricoles du projet comme négligeables, le Conseil Général vient enfin de demander à la Chambre d’Agriculture du Lot de réaliser en 15 jours ( !) une étude d’impact sur les 5 tracés envisagés. Les voies nouvelles envisagées ponctionneront et diviseront inévitablement les exploitations agricoles détruisant les emplois correspondants. Rappelons que dans le Lot les emplois agricoles représentent plus de 6000 emplois (les 2/3 des emplois industriels). En matière d’urbanisme, la voie rapide aura les effets pervers déjà constatés ailleurs en France, notamment sur la liaison Toulouse-Albi : un étalement urbain continu avec l’apparition de lotissements qui grignoteront à leur tour les surfaces et les emplois agricoles. Un signal inacceptable en direction d’une génération d’agriculteurs prête à développer une agriculture dynamique et durable dans un contexte européen difficile.
Le vrai enjeu c’est la qualité de vie et l’attractivité du bassin.
Au cours des réunions publiques, de nombreux participants venus du bassin ont demandé la modernisation des routes vers Brive qui leur permettent d’accéder directement au centre ville : stade, hôpital, gare SNCF et vie culturelle. Nous sommes solidaires de cette demande susceptible d’améliorer leur qualité de vie et leur sécurité sanitaire, tout en restant conscients qu’un gain de temps de 5 à 10 minutes sur le trajet ne suffira pas à mettre Biars aux portes de Brive (45km). On ne va pas quelque part simplement parce qu’une route y mène. La réponse durable aux problèmes d’attractivité du bassin de Briars-Bretenoux passe aussi par une véritable politique de développement local durable, impliquant le conseil général, mais aussi la région, et les communes locales. Il s’agit de reconstituer une offre attractive de logements en accession et en location, de développer davantage les services, de recréer une offre médicale rassurante, de développer les transports en commun, de valoriser les atouts paysagers et naturels du site, etc… C’est compliqué, mais il y a beaucoup à faire en dépensant beaucoup moins que pour une route nouvelle.
Le Conseil Général du Lot a vocation à faciliter la vie des Lotois, mais pas nécessairement à apporter son appui à la valorisation des entreprises du département. Le Conseil d’Etat veille d’ailleurs à ce que les collectivités n’engagent pas l’argent public au service d’intérêts privés.
La coordination « les voix du bon sens » :
Association du Patrimoine de Cazillac : Jean Louis VANEL
Association Turenne Environnement : Antoine THIEFFRY
Association pour la sauvegarde du patrimoine de Sarrazac : Jean Claude TASSAIN
Association « Va de l’avant » : Anne MEYSSIGNAC
Association de Défense de la vallée de la Merlette : Christian LAMOTTE
Association pour la protection du site et des activités de Cavagnac : Pierre TERRIEUX