lundi 13 octobre 2008
L’Opération Grand Site TURENNE – COLLONGES Le point en juillet 2008
Rappelons rapidement la chronologie d’une opération qui lie le classement préalable du site de Turenne à la réalisation d’un ‘’Grand Site’’ tel qu’il en existe actuellement une trentaine.
Le classement du site de Turenne a été initié dès 2002. Cette mesure de protection est indispensable – c’est la condition sine qua non – pour que puisse être entamée l’Opération Grand Site.
L’O.G.S Turenne – Collonges est dans son principe décidée entre ces deux municipalités dès 2004 et les études préalables se déroulent depuis cette date, pour aboutir à l’agrément national obtenu le 22 novembre 2007.
D’où l’importance et l’urgence du classement en site pour faire aboutir l’opération, et l’enquête administrative préalable en projet de classement, ouverte du 25 mars au 23 avril 2008. Devant les documents figurant le périmètre du projet de site classé et son ampleur territoriale, en présence aussi des contraintes imposées par l’article L 341 du code de l’environnement (intangibilité du site classé sauf autorisation spéciale : préfectorale ou ministérielle selon les cas), un collectif des propriétaires plus ou moins opposés tant au classement qu’à l’ O.G.S, s’est constitué en avril 2008.
Depuis, réunions et communiqués se sont succédés et l’atmosphère s’est singulièrement dégradée.
Les pouvoirs publics veulent faire aboutir le projet. Dans le but d’y rallier la population par l’information et la concertation, le Sous-Préfet de Brive, Mr SOUTRIC, a organisé le 24 juin à la CCI une réunion à laquelle le Président et moi-même étions présents. Nous y avons, non sans des conditions difficiles, pris la parole. Il y aurait beaucoup à dire sur l’esprit de cette concertation avec promotion du grand site de la Bastide de Monpazier par les élus qui en furent les partenaires. Turenne- Environnement défend la position suivante que l’on peut résumer en trois propositions.
Première proposition : "Le classement est indispensable pour assurer la protection d’un site éminent mais menacé". La population concernée est toute entière - ou presque – convaincue de la nécessité d’une protection administrative. Mais, en l’espèce, il s’agit d’une protection, prévue par le code de l’environnement, ou l’Etat exerce une tutelle sourcilleuse, un contrôle particulièrement étroit. Il n’existe pas d’autre alternative moins contraignante si l’on veut réaliser l’O.G.S. Non seulement la simple’’ inscription’’ serait irrecevable mais cette mesure est par elle-même quasiment inopérante pour assurer une protection un tant soit peu efficace.
Sur le caractère remarquable du site de Turenne, chacun en est convaincu et il n’y a pas lieu de s’étendre. Rappelons que les premières mesures de protection concernant le château remontent à 1840/1890, au titre des Monuments Historiques et les plus récentes de 1998 (château du Peuch, inscrit à l’inv.M.H).
Mais ce site est menacé…D’abord, l’urbanisation dans certains secteurs est galopante. Les PLU et d’autres cartes communales endiguent difficilement le mitage. La qualité esthétique du bâti nouveau est déplorable, fort inquiétante pour l’avenir de notre singularité rurale. Ensuite, le paysage est sans arrêt dénaturé par des coupes d’arbres et des transformations du couvert végétal pour obtenir une visibilité du château. Les atteintes à l’environnement se font permanentes, impudentes et sournoises. Si l’on veut demeurer une zone touristiquement attractive, il faut prendre sans compromission des mesures contraignantes de protection. Hors de la rigueur il n’y a que faux semblants.
Deuxième proposition : "Le périmètre de la butte à protéger doit être renforcé à partir des protections actuelles’’. Le périmètre officiellement défini actuellement fait à peu prés l’unanimité contre lui. Son emprise ( 1800 ha) est considéré comme énorme, souvent contestable, injustifié.
Dans ces conditions, pourquoi ne pas partir des protections existantes ? Soit Turenne, Linoire, Le Peuch, la Rue, Ligneyrac, Noailhac, La Coste. Ces protections sont hétérogènes (sites et monuments), et le classement -au titre de l’environnement- de la butte renforcerait leur statut. D’où, très probablement, les nécessaires rectifications du tracé. Nous voudrions être associés à ces remaniements. Dans cette perspective, il est étonnant, pour prendre seulement cet exemple, que le périmètre n’englobe pas le bourg de Nazareth (théoriquement protégé), avec ses constructions des XIII°- XVII° siècles, remarquables mais particulièrement négligées…Et puis il y a là le problème de la compostière ! Historiquement Nazareth est, comme l’Hôpital St Jean, la porte de la Vicomté, liée au passé de ses transits, de ses échanges, de la vie socio-économique.
Troisième proposition : "L’O.G.S - qui manque congénitalement de consistance – fait figure de panacée". La réunion sous-préfectorale du 24 juin est particulièrement éclairante à cet égard. L’O.G.S a été présentée comme un remède salvateur aux plans financier et économique
Sur le plan financier, les aides et subventions pécuniaires liées à la mise en place de l’O.G.S sont offertes aux propriétaires comme une compensation aux rudes contraintes nées du classement du site. S’il n’y a pas d’opération grand site, il n’y aura pas d’aides financières. Le message est clair : donnant- donnant .
Sur le plan économique, classement de la butte et O.G.S sont dépeints comme un véritable projet de développement local, une chance d’expansion pour le sud de la Corrèze a estimé le sous-préfet de Brive. Cet enjeu d’essor territorial par le tourisme, nous l’avons perçu comme la promotion du pôle touristique de la C.A.B de Brive – du moins l’un des ses atouts – alors que les richesses de la Vicomté ne s’arrêtent pas aux limites sud du département. Nous retrouvons ici les positions de l’association exposées en juillet 2006. Exclure la quasi-totalité de la Vicomté limousine et toute la Vicomté quercynoise est un non-sens. Une O.G.S sans consistance, en effet. Si nous sommes très favorables au classement de la butte (élargie) de Turenne, nous restons fort réservés sur l’O.G.S elle-même.
J’ai présenté ici même, il y a deux ans, nos objections.Cette opération devrait être étendue, ne pas se limiter à Turenne et Collonges, d’une façon ou d’une autre, quelle que soit la formule juridique de l’extension. Il y a déjà Ligneyrac et Noailhac…Pourquoi pas Saillac, Meyssac ? Et que dire des villes de l’ancienne Vicomté ( Beaulieu, Argentat, Martel, Saint Céré…). On perçoit ici les faiblesses du concept….
Et puis, il y a toujours à nos yeux les nuisances du tourisme de masse, de la marchandisation du site.
Au total, quels que soient nos refus, nous souhaitons de mener une partie prenante dans une opération qui intéresse avant tout, conformément à l’objet social de Turenne Environnement, la protection de notre cadre de vie.
Pierre FLANDIN BLETY